Le premier standard F.C.I.

Soumis par Danielle Laure… le jeu 07/09/2017 - 21:04

 

  • Préambule :

Jusqu'à deuxième partie du 19e siècle, la notion de standard, telle qu'on la conçoit aujourd'hui, n'existait pas en Russie. "Le standard était une tradition qui se transmettait non par des sociétés canines mais de père en fils par des éleveurs connaisseurs et tous des utilisateurs" (Prince Serge Cantacuzène). Le premier document qui s'apparente à un standard (description de ce que doit être le Barzoï) a été rédigé en 1888 par Nicolaï Petrovitch Ermolov, à la demande la Société Impériale Russe. Il restera en vigueur en Russie pendant une trentaine d'années. Mais d'autres standards seront aussi publiés durant cette même période.

La fin du 19e siècle et surtout le début du 20e siècle voient l'accélération des exportations Barzoï de Russie vers différents pays, particulièrement Europe et USA. En même temps des Clubs de race se créent dans chaque pays concerné et chaque Club établit son standard pour son propre compte. Ces différents standards, sont plus ou moins bien détaillés et révélent des différences notables. Rapidement, la nécessité d'une harmonisation supra-nationale apparait.

En 1911, La Fédération Cynologique Internationale (F.C.I.) est créée dans le but d'encourager et protéger la cynologie et les chiens de pure race par tous les moyens jugés souhaitables. Les pays fondateurs sont l'
Allemagne ("Kartell für das Deutsche Hundewesen et die Delegierten-Commission"), l'Autriche ("Osterreichischer Kynologenverband"), la Belgique ("Société Royale Saint-Hubert"), la France ("Société Centrale Canine de France") et les Pays-Bas ("Raad van Beheer op Kynologisch Gebied in Nederland"). Mais la première guerre mondiale met fin à cette fédération.

En 1921, la France et la Belgique prennent l'initiative de recréer la F.C.I.. Dès 1922 la FCI comprend 18 membres.

En 1923, toujours sur l'initiative de la France et de la Belgique, l'Union Internationale des Clubs de Lévriers (U.I.C.L.) est fondée. La plupart des pays de l'Europe de l'Ouest vont progressivement s'y rattacher.

 

  • Déroulement :

Avant l'exposition de Gand (Belgique) de novembre 1923, l'U.I.C.L. écrit au Grand Duc Nicolas Nicolaïevitch qui s'est à ce moment là exilé en France, pour lui demander de désigner les Russes qui seraient les plus capables de juger la race Barzoï à cette exposition. En réponse, le grand-duc suggère un collège de trois juges, de la même manière que cela se faisait aux manifestations de la Société Impériale de Moscou... Il désigne M. Artem Boldareff et les Comtes Boris et Dimitri Cheremeteff.

A la suite de cette exposition, les amateurs de Barzoïs sont si impressionnés par le jugement de Gand, que l'U.I.C.L. écrit de nouveau au grand-duc pour lui demander de désigner un comité pour réécrire le standard de la race pour l'Europe de l'Ouest. En réponse, le grand-duc désigne ceux qui avaient jugé à Gand.

Pour rédiger ce standard, ces trois spécialistes vont se baser sur le standard que le Club du Lévrier Français avait rédigé et publié pour son propre compte en 1913 (ce document prenant lui-même appui sur une description de ce que devait être la race rédigée en 1896 par Artem Boldareff). MM. Boldareff et Cheremeteff, reprennent donc le 1er standard français en le simplifiant et y apportent quelques modifications et éclairages complémentaires.

Ce standard est adopté par l'assemblée générale de l'U.I.C.L. qui se tient à Paris le 20 juillet 1924 et est rendu obligatoire à partir du 1er janvier 1925 pour tous les clubs affiliés. Il est aussi approuvé par le grand-duc Nicolas.

A noter :  la F.C.I. a laissé en fait à l'U.I.C.L. la charge de l'établissement des standards pour les lévriers jusqu'en 1956, date à laquelle elle en a repris les publications et les éventuelles modifications.

 

  • Voici ci-dessous le 1er standard, tel qu'il fut proposé en 1924 :

Rapport de M. M. Artem Boldareff, Comte Boris Cheremeteff et Comte Dimitri Cheremeteff.
"Ayant été chargés par l’Assemblée du 9 novembre 1923 à Gand de l’Union Internationale des Clubs de Lévriers d’émettre notre opinion sur les standards du barzoï existants, nous avons l’honneur de présenter le rapport de notre commission. Nous supposons qu’il serait pratique de se baser sur le standard français tout en y introduisant quelques modifications. Nous trouvons que ce standard contient un peu trop de détails ce qui pouvait être indispensable il y a dix ou douze ans, mais à l’heure qu’il est quand les amateurs du barzoï ont une idée très nette de la race, ces détails nous paraissent superflus. Voici les modifications que nous avons l’honneur de proposer".


APPARENCE GENERALE

L’apparence générale est exprimée par l’aspect très distingué et noble du chien ainsi que par l’harmonie de ses formes et de ses mouvements. L’apparence générale qui est l’indicateur principal de la pureté du sang ne doit jamais être sacrifiée à la perfection d’autres points, quelle que soit leur importance.

TETE
Longue et étroite, excessivement sèche et finement ciselée. Le crâne est aussi long et aussi étroit que possible, en proportion avec le reste du corps. Il finit par une pointe nettement accusée. Le museau est long, étroit et sec avec un arc très léger avant d’arriver au nez. Les dents s’adaptent régulièrement sans prognathisme inférieur ni supérieur. Les narines dépassent la mâchoire inférieure. Le nez doit être noir. Le museau ne doit pas être pointu. Pour faire une tête idéale le crâne et le museau doivent former un angle très obtus. Les yeux assez rapprochés et placés à égale distance du sommet du crâne et de la pointe du museau sont de forme oblongues; de couleur foncée, placés à fleur de tête, ni proéminents ni renfoncés. Les paupières doivent être bordées de noir. Les oreilles, très mobiles, attachées haut, finissant en pointes, doivent reposer en arrière sur le cou. Leur finesse est preuve de sang très pur. Quand l’attention du chien est éveillée, le barzoï parfois les porte droites, comme un cheval ou encore mieux en les dressant il baisse les pointes légèrement en avant.

COU
De longueur moyenne et sans fanons.

CORPS
Les épaules sont plates, bien dessinées et ne sauraient être trop obliques. Les omoplates se rejoignent presque au garrot.

Le dos est assez court chez le mâle et s’arquant graduellement vers les reins pour produire une courbe longue et gracieuse et ne pas donner l’impression d’une bosse. La chienne a le dos moins arqué que le chien. Un dos plat chez elle n’est pas un défaut. La poitrine est plutôt étroite dans le poitrail mais excessivement profonde. Elle descend parfois jusqu’aux coudes. Les côtes sont plates ou très légèrement arrondies. Cette forme de la poitrine est caractéristique au barzoï.
Le ventre est retroussé et tout à fait invisible derrière les flancs. L’aine est aussi petite que possible chez le chien, elle peut être plus longue chez la chienne, les flancs sont forts et tendus au toucher, plus spacieux chez la femelle que chez le mâle. Le rein est assez long, très musclé, arqué et passant en ligne courbe vers la croupe, de telle sorte que l’arc du dos, se prolonge dans le rein et la croupe pour finir dans l’arrière-main. La croupe est longue et large : les quatre doigts d’une main d’homme doivent pouvoir trouver place entre les os des hanches.

MEMBRES
Les pattes de devant sont absolument droites avec une ossature plate et sèche, nullement arrondie. Vues de face elles sont étroites et vues de profil elles sont larges à l’épaule, diminuant graduellement jusqu’aux pieds, les coudes ne sont pas tournés vers l’extérieur mais sont néanmoins nettement séparés du corps. L’arrière-main est plus large que l’avant main. Les cuisses sont plates avec des os très larges et pourvues de muscles très développés, plats, longs et fermes, les jarrets forment un angle plus ou moins accusé. Les cuisses ne sauraient être trop longues et trop larges. Les canons doivent être courts. Les jambes de derrière ne doivent pas êtres trop droites. Les pieds sont longs, à doigts serrés rappelant les pieds du lièvre. Le chien est plus d’aplomb sur les ongles que sur les talons.
La queue est un des points caractéristiques de la race. Elle est portée bas au repos et a la forme d’une faucille ou bien d’un cimeterre. Elle est très souple et aussi longue que possible. Une queue enroulée ou portée plus haut que son attache est un défaut. Une queue déviée doit être considérée comme un défaut de beauté.

POIL
Le poil est long. Pas laineux, à reflets soyeux, ondulé ou à larges boucles. Le poil court est un grand défaut; les petites boucles ou frisures sont un défaut de beauté. Lisse et court sur la tête, les oreilles et le devant des jambes, plus long et ondulé sur le dos, plus bouclé sur les cuisses, plus court sur les côtés, le poil est très long et bouclé au cou où il forme comme un manchon d’où semble sortir la tête. C’est la parure que l’on retrouve sous forme de franges de plus en plus longues à la partie postérieure des jambes de devant, à la poitrine, à l’arrière des cuisses et à la queue.

COULEUR
Les couleurs les plus appréciées sont : unicolore blanc, blanc marqué de jaune, orange, rouge, bringé ou gris. Il se présente souvent des unicolores dans ces couleurs. Si le chien est coloré, sa couleur tend à s’éclaircir vers les extrémités. Les taches de couleur ne doivent pas trancher trop nettement sur le fond blanc. Le blanc marqué de noir et l’unicolore noir sont peu appréciés. Le noir et feu avec ou sans blanc est un grand défaut.

TAILLE
Taille moyenne : chiens 75,5 centimètres (17 verchox); chiennes 71 centimètres (16 verchox). Les plus grands chiens dépassent rarement 82 centimètres. En règle générale la plus grande taille est très estimée aussi longtemps qu’elle n’est pas acquise au détriment de la symétrie de l’individu.

Signé, le 15 janvier 1924 :

Artem BOLDAREFF, Comte Boris CHEREMETEFF, Comte Dimitri CHEREMETEFF.

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Boldareff


Photo d'Artem Boldareff en tenue de chasseur, tenant une svora de ses Barzoïs blancs et sable issus de ses vieilles lignées.

(source : La Chasse de Perchino, Dimitri Waltzolff - 1913)

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Boldareff et Cheremeteff


 

Persons:
Year of event:
1924
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